Voilà vingt ans que l'on nous promet des lendemains qui chantent grâce à l'euro et à l'ouverture des frontières, comme lorsqu'on nous a fait voter Maastricht en 1992. Malgré tout, notre outil de production est en train de déménager, laissant derrière lui des millions de chômeurs, des friches industrielles et le désert rural.
Lorsque le président Sarkozy vient, dans cette enceinte, plaider pour une mission de protection de l'Europe, c'est à croire qu'il n'a dit "oui", ni à Maastricht, ni au traité de Lisbonne. Quand il prend des accents gaulliens pour se dire prêt à s'opposer, au sein de l'OMC, à toute négociation qui serait contraire à l'intérêt de notre pays, c'est magnifique. Mais il oublie que la France n'y a aucun droit de veto et que c'est un commissaire de Bruxelles qui négocie seul et sans jamais respecter le mandat que lui fixent les États membres.
Mêmes illusions lorsqu'il s'en prend, à juste titre, ici encore, à l'obsession déflationniste de la Banque centrale indépendante de Francfort. Surtout, quel homme faut-il croire? Celui qui proclame la souveraineté de la France devant les caméras ou celui qui l'abandonne dans un traité européen? La vérité est que le traité de Lisbonne confirme la logique des traités actuels, qui nous interdisent de piloter l'euro, de protéger nos marchés et de nous défendre dans les négociations commerciales mondiales.
Certes, il mentionne la protection des citoyens en tant qu'objectif, mais c'est une simple déclaration politique, non suivie d'effets juridiques. En particulier, il renforce encore les pouvoirs et l'indépendance de la Commission comme de la BCE, dont l'idéologie est libre-échangiste. Avec son protocole n° 6, mais aussi avec les articles 3 et 4 du TCE, il confirme leur conception dogmatique d'une concurrence sans contrepoids, sans intérêts nationaux, sans frontières et sans souci de la démocratie.
Nous pensons que les Français et les Européens veulent autre chose. Réhabilitons le véritable échange libre, l'échange entre les nations, celui qui enrichit les nations et ne les dépossèdent ni de leur protection, ni de leur identité.











